Paroles d’expert : la peur, l’anxiété et l’angoisse – Dr. Christophe André

Paroles d’expert : la peur et l’anxiété, Dr. Christophe André

La différence entre peur, anxiété et angoisse

« En psychologie, la peur désigne l’ensemble des réactions du corps et de l’esprit face à un danger. On la distingue de sa cousine l’anxiété qui regroupe les réactions face à la possibilité d’un danger, c’est-à-dire un danger qui approche ou qu’on imagine. L’angoisse est, quant à elle, une peur sans objet. Sans objet actuel et présent, mais pas sans réalité, tant elle asservit notre corps et notre esprit.

La peur, une pollution intérieure et extérieure

La peur, sous toutes ses formes, et sans doute une des émotions les plus inhibitrices de la liberté. Qu’il s’agisse de liberté extérieure : puisqu’elle nous pousse souvent à la fuite ou à la dérobade. Ou qu’il s’agisse de liberté intérieure : la peur pollue nos pensées, nous pousse à surveiller notre environnement, à anticiper tous les dangers possibles, à calculer à l’avance ce qui serait le plus sûr pour nous et nos proches. Notre cerveau est transformé en machine à surveiller, à éviter, à planifier.

Même un risque imaginaire est capable d’envahir et d’asservir notre esprit, notre vie. Sous l’emprise de cette improbable projection, notre vision du réel est distordue, notre univers se rétracte. La peur est l’émotion la plus archaïque. Même chez les organismes primitifs, il existe deux mouvements fondamentaux, quasi réflexe : l’approche (recherche de ressources et de plaisirs) et l’évitement (protection face aux dangers).

La peur, mère des émotions inhibitrices

Ainsi on peut considérer la peur comme la mère de toutes les autres émotions douloureuses.

  • La honte procède de la peur du regard des autres,
  • la tristesse de la peur d’un manque durable,
  • la colère de la peur de l’échec ou de l’humiliation.

Si on réfléchit bien, on héberge toujours une ou plusieurs peurs de quelque chose, quelque soit notre âge ou le moment de notre vie. La plupart du temps, on ne se rend pas compte que les anxieux ont quitté notre monde pour rentrer dans un autre monde, qui n’obéit plus aux mêmes règles. Les informations sont traitées de façon très différente dans ce monde virtuel. Si un risque ne représente qu’une chance sur 1 milliard, on est inspiré par cette minuscule possibilité. Ce n’est plus la même logique que chez les non-anxieux.

Retour au corps

Tous les efforts qu’on peut faire pour aider ces personnes, c’est de les ramener dans le réel. Par des moyens parfois tout bêtes : marcher, contempler la nature, travailler, sortir, agir, parler avec des amis… Tout cela est ancré dans le réel. C’est pour cela que les angoisses qui nous saisissent au milieu de la nuit sont les plus violentes. On est seul et on ne peut pas se protéger par l’action ou la distraction. Heureusement, il y a aussi la méditation. Méditer, ce n’est pas réfléchir les yeux fermés mais impliquer tout son corps. Quand on médite, on prête attention à son souffle, on se reconnecte à son corps, on écoute les sons autour de nous. Le corps, même angoissé et affolé, est toujours dans le réel jamais dans le virtuel. »

Source:
A nous la liberté, comment se libérer de nos peurs, de nos préjugés, de nos dépendances, Christophe André, Alexandre Jollien, Matthieu Ricard, Editions L’iconoclaste, 2019